Des étoiles

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Entre New York, Dakar et Turin, les destins de Sophie, Abdoulaye et Thierno se croisent et s'entremêlent.
Des premières désillusions aux rencontres décisives, leur voyage les mènera à faire le choix de la liberté.
Des étoiles

Vos commentaires et critiques :

B.G
Le 29-01-2014

Chassé-croisé migratoire

Le temps d'une saison (un hiver), trois personnages dans trois villes du monde – Turin, New York, Dakar – pour évoquer l'exil, l'immigration, les racines, l'Afrique, le passé, le présent, l'avenir. Loin de la sociologie et des statistiques, au plus près des parcours et des réactions d'individus finement caractérisés. Sans pathos, sans misérabilisme, avec grâce et légèreté, avec douleur forcément, avec émotion et espoir surtout. La jeune sénégalaise Dyana Gaye nous avait déjà offert en 2010 le très charmant Un transport en commun, comédie musicale autour d'un taxi collectif reliant Dakar et Saint-Louis, elle revient nous mettre Des étoiles plein les yeux et c'est toujours aussi juste, aussi attachant, aussi lumineux.

On suit donc Sophie, fraîchement débarquée à Turin depuis Dakar pour retrouver son mari Abdoulaye. Mais Abdoulaye semble être parti sans laisser de nouvelles. Normal puisque le spectateur le découvre frigorifié sur les chantiers de New York, cherchant sa voie comme beaucoup de jeunes Sénégalais pour qui l'Europe n'est qu'une étape avant l'Eldorado américain. Il survit pour l'instant dans Little Senegal, où s'est concentrée la population africaine au cœur de Harlem. En contrepoint, Thierno, lui, est un jeune Afro-américain installé à New-York avec sa mère, qui vient d'arriver à Dakar pour enterrer un père qu'il n'a quasiment pas connu et découvrir la terre de ses ancêtres.

À travers ces trois villes et ces trois personnages, Diana Gaye, elle-même fruit du métissage et d'histoires complexes de migrations (son père était jeune boursier de l'Etat sénégalais envoyé en France dans les années 70 tandis que sa mère, métisse franco-italo-malienne-sénégalaise, s'est partagée entre plusieurs pays) montre remarquablement la diversité des approches, des situations, des ambiances. Au cœur de Turin, la grande ville industrielle d'immigration ancienne, les femmes africaines déploient une solidarité et une énergie capables d'affronter tous les obstacles, dans une bonne humeur inébranlable qui transcende les origines ethniques. Si bien que Sophie, qui ne connaissait pourtant rien ni personne en Europe, va trouver petit à petit sa place, aidée aussi par un réseau associatif d'aide aux migrants extrêmement dynamique. A l'opposé d'Abdoulaye, qui s'isole, qui se ferme, qui semble vouloir rester étranger à New York et à ceux qui sont prêts à l'y aider alors que la ville a toujours absorbé toutes les immigrations. Quant à Thierno, il découvre le Sénégal de ses racines, pays si loin si proche, souvent idéalisé par les Afro-américains qui font le voyage initiatique vers le mémorial de l'esclavage de Gorée comme les jeunes Israéliens vont à Auschwitz. Il découvre un pays avec toutes ses contradictions parfois drolatiques parfois plus cruelles, croquées dans un ton impressionniste et jamais excessif par Dyana Gaye : le rapport au secret familial de la société sénégalaise, son obsession de l'argent que l'on se doit d'afficher le plus ostensiblement possible, sa vision fantasmée de l'ailleurs vers lequel tous les jeunes Sénégalais veulent s'exiler.

Au final ces trois destins croisés dans ces trois villes d'émigration et d'immigration composent un tableau juste, lucide et plein d'énergie, servi par des comédiens remarquables qui ont pour beaucoup la justesse des débutants (notamment l'inoubliable Mareme Demba Ly, qui incarne Sophie et découvrait l'Europe en même temps que son personnage). Un tableau qui, sans aucune lourdeur démonstrative, nous en dit davantage que bien des discours plus appuyés.